Le sultan Soliman le Magnifique

Soliman

Soliman, dixième sultan ottoman, règne de 1520 à 1566. Son règne est généralement considéré comme l'apogée de l'Empire ottoman, par son extension territoriale, sa prospérité et son rayonnement culturel.

Deux noms pour un même souverain

L'Occident l'a appelé « le Magnifique », en référence au faste de sa cour et à sa puissance militaire. Le monde ottoman le nomme Kanuni, le Législateur, un titre qui dit ce qui, de son point de vue, comptait le plus.

Cette différence de qualificatif est instructive : elle montre deux regards sur un même règne, l'un extérieur et impressionné par la puissance, l'autre intérieur et attaché à l'organisation.

L'expansion

Soliman poursuit et amplifie l'expansion engagée par ses prédécesseurs. Il prend Belgrade en 1521, Rhodes en 1522, écrase l'armée hongroise à Mohács en 1526, et met le siège devant Vienne en 1529, sans succès, ce qui marque la limite septentrionale durable de l'empire.

À l'est, il mène plusieurs campagnes contre l'empire safavide et prend Bagdad. En Méditerranée, la flotte ottomane, commandée par Barberousse, domine une grande partie du bassin. L'empire s'étend alors des portes de Vienne au golfe Persique, et de l'Algérie à la Crimée.

Il conclut par ailleurs une alliance diplomatique durable avec la France de François Ier, dirigée contre les Habsbourg, un rapprochement qui a beaucoup surpris l'Europe chrétienne de l'époque.

Le Législateur

C'est probablement son apport le plus durable. Soliman fait codifier l'ensemble du droit séculier de l'empire, le kanun pour l'harmoniser et l'articuler avec le droit religieux. Le juriste Ebussuud Efendi joue un rôle central dans ce travail.

Cette codification porte sur la fiscalité, la propriété foncière, le droit pénal et le statut des sujets. Elle vise à limiter l'arbitraire local et à unifier des pratiques très diverses sur un territoire immense.

L'empire est organisé selon le système des millet : les communautés religieuses non musulmanes, chrétiennes et juives, disposent d'une autonomie pour leur droit personnel, leurs affaires religieuses et l'organisation de leurs communautés, en contrepartie d'un statut fiscal spécifique.

La culture

Le règne de Soliman correspond à l'âge d'or de l'architecture ottomane, avec l'architecte Sinan, auteur de plusieurs centaines d'édifices dont la mosquée Süleymaniye à Istanbul. Son travail sur la coupole et la lumière constitue l'aboutissement d'une recherche entamée avec Sainte-Sophie.

La poésie, la calligraphie, la miniature, la céramique d'Iznik et les textiles connaissent un développement remarquable. Soliman était lui-même poète, sous un pseudonyme, comme le voulait l'usage.

Une civilisation à connaître

L'Empire ottoman a duré plus de six siècles et a gouverné, à son apogée, des populations de langues, de religions et de cultures extrêmement diverses. Il a transmis à l'Europe des savoirs, des produits et des pratiques dont l'origine est souvent oubliée, du café aux mathématiques, en passant par la médecine et la variolisation.

Comprendre cette histoire, comme celle des mondes arabo-musulmans en général, suppose de la traiter comme n'importe quelle autre : par les sources, les travaux des historiens, et la diversité interne des sociétés concernées, qui fut, à toutes les époques, considérable.

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